Dans le cadre de mes recherches, j’ai sélectionné un corpus d’artistes dont la pratique interpelle l’expression sonore. Ces artistes se démarquent par une démarche qui s’éloigne d’une étude des sons, bruits et musiques assistées par ordinateur et des processus numériques de gestion des sons synthétiques. Ils mettent en avant des actions mécaniques réalisées soit manuellement ou par le biais de machines. L’utilisation des systèmes d’amplification et de retransmission est également une démarche récurrente chez ces artistes.

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Zimoun est un artiste suisse qui travaille à Berne. Ses créations utilisent des systèmes simples et fonctionnels mettant en résonnance des espaces sonores grâce à des structures architecturales. Son propos artistique gravite autour de la rythmique mécanique induite par le débit dynamique mis en jeu. L’univers industriel est revisité dans sa plus simple expression à travers des matériaux sommaires associés à des actions minimalistes. Ce qui m’intéresse dans les œuvres de Zimoun, c’est avant tout le choix plastique d’un concept très épuré en ce qui concerne la technique de production sonore. Un petit moteur rotatif est à la base de la majorité de ses réalisations. Le principe reste très simple : rattacher un élément flexible au système de rotation électrique, puis disposer le tout sur une surface faisant office de caisse de résonance. En découle une production sonore riche et à la fois très linéaire dans un flot continuel de sons qui se répètent en boucle. C’est l’expérience d’un bourdon dont il est question, un bourdon aux timbres réactualisés en fonction des installations. Chacune présente un espace architectural différent qui permet de concevoir la qualité des résonances du bourdonnement sous une nouvelle oreille. Je suis actuellement en cours d’analyse de ces œuvres pour positionner ma démarche artistique. Son mode de production sonore ainsi que le matériel sonore produit autour de la notion de bourdonnement et de cadence rythmique répétitive intéressent ma recherche artistique. La notion d’architecture comme mise en résonance des mécanismes sonore est de même un point sur lequel je positionne ma démarche.

80 prepared dc-motors, cotton balls, cardboard boxes 71x71x71cm - Zimoun 2011

 

62 prepared dc-motors, cotton balls, cardboard boxes 60x60x60cm -Zimoun 2011

Lien Web : http://zimoun.net/ 

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Je compte également analyser ma pratique artistique en regard de celle de l’artiste Michel Risse, fondateur et directeur artistique de la compagnie Décor Sonore et avec qui j’ai eu l’opportunité d’explorer l’univers du sonore. Ce qui m’intéresse dans ces prestations urbaines, est le discours sur lequel se base Michel Risse pour réveiller en nous les sons de la ville. C’est tout le concept de la création sonore qui est repensé au travers d’une déambulation dans la ville et ses espaces urbains. A l’aide de capteurs et micros de haute précision, ainsi que d’un système d’amplification sonore portatif et autonome, des percussionnistes au regard aiguisé s’emparent de l’espace de la cité et le fait résonner. Tout devient prétexte à production sonore. Une multitude de variations acoustiques sont mises en relief et sortent du chant imperceptible de la ville. A travers l’écoute le public/passant découvre une nouvelle manière de voir, d’entendre l’univers urbain quotidien. Je souhaite donc analyser cette expérience auditive qui enclenche la modulation du regard, étant donner que ce mécanisme est également en jeu dans mes productions.

La compagnie décor sonore - Directeur artistique Michel Risse 

Lien Web : http://decorsonore.org/

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L’œuvre Jue Chang – Fifty Strokes to Each (1998) de l’artiste chinois Chen Zhen attire mon attention et intervient dans mes analyses. En plus du détournement de l’objet dont il est question dans cette œuvre, je me penche plus précisément sur son caractère sociologique. Chen Zhen, par ces chaises et lits transformés en tambours, réinvente une forme de communication non verbale entre les spectateurs. Ces derniers sont invités à taper, frôler, percuter avec tout leur corps les peaux qui sont tendues sur les armatures de chaises et de lits. L’œuvre se présente comme un exutoire public et collectif. Son rapport singulier au public, qui est acteur de l’œuvre, propose une manière de concevoir le sonore comme une production collective se construisant sur le hasard, le lien social ainsi que sur le mouvement, la gestuelle. De plus, cette installation sonore est en perpétuelle réinvention puisque chaque participation du public est une nouvelle interprétation et expression de l’œuvre elle-même. Ces aspects multiples m’intéressent et se retrouvent sous des formes différentes dans mes recherches sonores. Je souhaite donc continuer à explorer ces pistes de manière plus approfondie dans ma pratique.

Jue Chang, Fifty Strokes to Each - 1998 - Chen Zhen 

Lien Web : http://www.chenzhen.org/

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D’autres artistes tels que John Cage qui travaille sur le silence ainsi que Samuel Becket, interpellent mon attention. J’ai pour programme de réaliser également des analyses comparatives entre certaines de leurs œuvres et mes productions plastiques. Cependant je ne souhaite en aucun cas me perdre dans un catalogue d’artistes et œuvres produisant des matériaux sonores, car de ce fait toutes comporteront des aspects en relation plus ou moins proche avec mes réalisations. Je me recentrerai donc sur une liste de références artistiques précise et non exhaustive sur l’univers sonore dans les arts. Les œuvres et artistes choisis présenteront un lien spécifique et concret avec ma démarche plastique et l’interrogeront ainsi avec efficience.