La plasticité sonore, un axe de recherche sémantique et technique

Ma pratique plastique se veut ainsi axée sur une production sonore loin des techniques numériques. Elle est basée sur une technicité mécanique très souvent accessible mais cependant non dépourvue de complexité en ce qui concerne la finesse du jeu. Il y a un réel travail de lutherie sonore déployant des techniques ingénieuses tirant partie de la fonctionnalité, de la résonnance, ainsi que du timbre des matériaux abordés. C’est une production qui se caractérise également par une gamme très large de sonorités abordant aussi bien les bruits, que les sons, ainsi que la musique. Ces trois catégories s’interpénètrent, proposant des ambiances sonores variées. Chaque production sonore expérimente une logique de réalisation spécifique. Le choix du « faire sonore », de l’action qui va permettre de mettre en résonnance les matériaux sélectionnés, est une étape primordiale dans mon travail plastique. Ce choix découle directement de la capacité du matériel sonore produit à interroger le sens de l’objet visuel proposé. Elément important dans mes réalisations, il y a toujours un ou plusieurs objets visuels mis en contact avec un matériau sonore, qu’il s’agisse d’une installation ou d’une production in situ. Le matériel sonore est l’élément qui va permettre d’établir une nouvelle ligne de lecture de la production plastique. Il est donc question d’un réel travail du sonore, et j’insiste sur le caractère malléable de ce matériel auditif. Le faire artistique en jeux dans mes recherches plastiques réside dans cette capacité à malaxer le sonore, à le mouvoir. C’est dans cette action de sculpteur des sons, bruits et musicalités que je mets en relief l’aspect plastique du sonore. Je considère le matériel auditif comme ce qui est de l’ordre du malléable, du flexible. Et à ce titre, je qualifie ce caractère malléable des matériaux perçus par l’ouïe, de plasticité sonore. J’ai pour projet, dans le cadre de cette thèse, de définir et ainsi d’établir ce terme : plasticité sonore, à travers mes recherches artistiques. Ces dernières se veulent l’expérience du caractère malléable du sonore. J’introduis donc (mets donc en avant) une nouvelle notion qui met l’accent sur le faire de l’artiste en tant que sculpteur de sonorités. Il est question d’établir le fait suivant : le sonore étant une matière travaillée par le faire de l’artiste, de part sa technicité ainsi que sa créativité, il peut être qualifié de plastique. Je pose alors le sonore comme une matière plastique dans les arts au même titre que le seraient la peinture, l’argile, la pierre, l’image ou encore le corps lorsqu’il s’agit de performance.