Présentation du projet pour le bois de Kergré

Une démarche plastique en dialogue avec un site

Inscrire un projet artistique dans l’enceinte d’un site, c’est entrer dans ce lieu, franchir ses limites, passer de l’autre coté. Par cette démarche d’aller « là bas ». Ainsi mon projet d’installation artistique en extérieure se base sur la rencontre du lieu. 

Par quels moyens entrer en contact avec un lieu, son fonctionnement interne, sa structure, son histoire ? Comment s’immiscer plastiquement dans l’atmosphère d’un bois ? Comment dialoguer avec les limites de l’espace avec lequel nous entrons en contact ? Que représente le sentier qui le parcourt et de quelle manière y cheminer ? Devant cette question de la rencontre du lieu et de son identité, une multitude d’aspects peuvent être ainsi développés.

Entant que plasticienne sonore, je propose une rencontre auditive de la réserve LPO en dialogue avec ses caractéristiques singulières.

Fermer les yeux pour mieux voir où l’on est. Tel est le parti pris tranché de la production plastique que de je souhaite réaliser dans le cadre du projet du bois de  Kergré de la ville de Ploumagoar.

Le point de vue sonore 

Bien que ce projet se détermine en fonction de l’expérience des caractéristiques plastiques et sonores du lieu investi, et que de ce fait ces éléments restent encore à explorer, une démarche au préalable est définie.

            Dans le cadre de cette réalisation je propose un travail sur des membranes sonores tendues en extérieur. Il s’agit de plastique thermo rétractable mis en tension sur des structures réalisées soit en tiges de rond à béton et/ou en bois.

Les ronds à béton peuvent revêtir différents diamètres. J’opterai pour des diamètres allant entre 6 et 14 mm, de manière à pouvoir conserver une malléabilité du matériau lors de la réalisation des formes.

Les structures en bois elles seront apprêtées avec un vernis extérieur polyuréthane enrichi en résines de manière à pouvoir pallier aux intempéries, absorbant les possibles variations dimensionnelles du bois.

En ce qui concerne les membranes en film thermo rétractable, ce matériau est choisi pour sa résistance en extérieur et sa capacité à se rétracter permettant une mise en tension de la membrane. Elle présente 210 à 230 microns d’épaisseur, pour une utilisation garantie en intérieur comme en extérieur. Elle possède une véritable résistance aux chocs et accrocs éventuels, aux effets du vent, du soleil et des intempéries.

            Le projet est la réalisation d’un espace sonore en dialogue avec la réserve LPO investie, à travers la conception de modules sonores. Ces derniers sont des éléments aussi bien visuels qu’auditifs grâce à la mis en tension de membranes sur lesquelles différents petits éléments vont percuter. Etant dans une réalisation en extérieur, j’ai opté pour l’action du vent comme déclencheur du mouvement percussif des modules.

Ces modules auront entre 30 et 100 cm de diamètre et seront reliés à une tige de rond à béton, elle même armée au sol par un cube de ciment de 30cm/30cm positionné sous terre. Ainsi différents modules de tailles variables, seront disposés dans une architecture sonore et visuelle déterminée par l’étude en amont  du sentier dédié à l’installation.

Un travail préparatoire définissant l’orientation du projet

Cette démarche plastique se développe dans un premier temps par un repérage sonore des lieux mis à disposition. Cette première étape se réalise à l’aide d’un matériel spécifique constitué de micros et capteurs, enregistrant les divers matériaux sonores. Une banque de données auditives est établie pour commencer un travail de mise en résonance.

Cette mise en résonnance est aussi bien à comprendre  d’un point de vue technique que sémantique :

- dans un sens purement technique : établir une ou des structures plastiques propices à émettre la création sonore. C’est une étape purement fonctionnelle du projet, choix des matériaux, de leur emplacement, ainsi que leurs caractéristiques sonores.

- dans un sens sémantique : créer des liens, du sens entre le matériel sonore prélevé qui met en exergue les spécificités du lieu et la création de modules sonores constitutifs de l’installation. Le but final est de faire émerger un propos plastique pertinent.

Ainsi un réel discours plastique se met en place en lien avec le lieu et la matière sonore.

Des croquis et plans détaillés sont ainsi réalisés pour permettre de déboucher sur la phase de réalisation. Il faut noter que bien qu’il s’agisse d’un travail sur le matériel sonore, la réalisation d’éléments plastiques fait partie entière du travail et son aspect esthétique reste primordial.

Conception et réalisation sonore           

Une fois que la direction du projet est définie par le travail préparatoire de découverte auditive du lieu, vient l’étape de la conception des formes et de l’emplacement des structures portantes. Dans le contexte d’une installation artistique en extérieur implantée au sein d’une réserve LPO, le propos du projet artistique sera orienté vers l’expression sonore des espèces protégées qu’abrite ce site.

Au niveau de la forme, ces structures proposeront des éléments au schéma simple  épuré, donnant de la place à la surface de résonance de la membrane qui y sera apposée. Un dialogue graphique sera instauré entre ces formes et certains éléments caractéristiques du lieu, tel que la faune et la flore du bois de Kergré. La disposition dans l’espace du bois se déterminera par l’étude du fonctionnement des sentiers aménagés de façon à ce que l’installation artistique soit, non seulement accessible aux personnes à mobilité réduites, mais propose également un discourt plastique pertinent interrogent la notion de passage et de cheminement.

L’ensemble de ces éléments faisant référence au lieu sera ainsi choisi en relation plastique et sémantique avec le propos artistique déterminé par le travail préparatoire. 

Je propose donc une installation artistique qui interroge notre perception sonore dans le lieu. Il s’agit d’un parcours sonore au cours duquel le public dans sa grande diversité, découvre comment notre perception auditive influe nos impressions visuelles. La question du lieu, de son cheminement est la base de cette recherche plastique. Comment renouveler le regard poser sur lui? A travers différents éléments mis en résonnance par l’action naturelle du vent, le public est amené à expérimenter une création sonore en perpétuel renouvellement. Ce renouveau sonore influence directement la perception visuelle du lieu, ce qui permet de le réactiver à notre regard à travers notre ouïe, et ainsi de réactiver son message.

Croquis de l’installation sonore sur le site du bois de Kergré

L’installation est présentée ici sous une forme très simplifiée.

De simples cercles pourvus d’une membrane tendue sur laquelle une perle est disposée au centre d’un fils. Ce dernier est suffisamment lâche pour que le vent provoque des frémissements. La perle percute alors la membrane qui se met en résonnance, de la même façon que les cordages percutent les mâts des bateaux sous l’effet du vent.

 

Pour téléchargez le dépliant de présentation du Bois de Kergré cliquez ICI